Histoire de la construction du village
On trouve des traces très anciennes de la présence humaine dans notre commune : le torque et l’anneau de cheville trouvés en 1885 et visibles au musée Saint-Raymond à Toulouse datent du IIIème siècle avant JC. Ici ou là, on trouve des fragments de céramique qui rappellent la présence d’anciennes implantations gallo-romaines. Mais rien ne prouve que l’emplacement de notre village était habité avant le Moyen-Age.
Voici le plan du village de Lasgraïsses, tel que l’a rétabli Louis Mazens, notaire et historien dans son ouvrage « Seigneurs et Consuls de Lasgraïsses » en 1884, à partir d’anciens cadastres et actes notariés.

On y voit , au Sud, l’emplacement du château . Selon Louis Mazens, il aurait été détruit au début du XIIIème siècle, lors des tragédies sanglantes qu’a entraîné la « croisade contre les Albigeois », ou à la suite du traité de Meaux (1229) ; cependant, il a dû continuer à jouer un rôle défensif plus tard, puisque des projectiles métalliques (biscaïens) ont été trouvés aux alentours.
La ville proprement dite correspondait à peu près à la place actuelle du Colonel Du Pin. Elle était fortifiée: les murs extérieurs des actuelles maisons qui entourent la place tenaient lieu de remparts. Les fossés qui entouraient la ville ont été comblés, mais ils correspondaient aux jardins, parcs ou espaces verts toujours visibles au pied de ces murs.
Une porte fortifiée était située au Sud, en face du château; une seconde en face, au Nord.
L’église primitive se trouvait à l’emplacement de l’actuelle mairie ou de la maison qui la jouxte (ancien presbytère).
Une rangée de maisons occupait le centre de la place actuelle, définissant deux rues au centre du bourg. Certaines possédaient des silos enterrés, en terre cuite pour stocker des céréales.
On note la présence d’un four banal, qui permettait à chacun de cuire son pain.
La population du village s’était considérablement développée jusqu’au XVIème siècle : la paroisse de Lasgraïsses comptait 1000 personnes en âge de communier en 1540.
Les guerres de religion ont été fatales pour le village : en 1573 et 1574, il a été assiégé par les calvinistes qui l’ont pillé et ont chassé une grande partie des habitants. Ensuite, ce sont les catholiques qui ont parachevé le travail, en incendiant la partie fortifiée du village pour qu’elle ne puisse plus servir de refuge.
Il ne restait plus alors qu’un élément de fortification, une sorte de tour, située à l’angle nord du bourg, qui servait aux assemblées des consuls ; selon Louis Mazens, elle subsistait encore à la fin du XVIIIème siècle.
On remarque la maison natale du colonel Du Pin qui borde la place du village, côté Est.
Si les premières mentions du hameau du Bouscat dans les actes notariés remontent au XIVème siècle, les premières maisons construites hors les murs datent du début du XVIème siècle, comme on peut encore en juger sur la plaque située au milieu de la façade de la maison, commandée par Ramond Jamme, elle jouxte notre bar salon de coiffure.

A l’arrière se trouvait la maison De Curlande, dont on voyait les fenêtres à meneaux, il y a une trentaine d’années, avant sa destruction. Elle servait d’école au XIXème siècle, avant la construction de l’actuelle école publique. Les filles étaient éduquées par les bonnes sœurs dans le bâtiment qui est encore appelé improprement « le couvent » par les anciens ( le Mikado).
Ensuite fut construit le faubourg, c’est à dire le quartier de l’église. Une église provisoire avait été dressée après l’incendie de 1575. Le chœur de l’église actuelle a été élevé en 1598, la nef en 1601, l’entrée se faisait alors par le côté; le porche et le clocher ont été ajoutés plus tard, en 1846, le dôme d’origine a été rapidement remplacé par la toiture en flèche toujours en place.
La maison Mazens (ancienne maison Ferrasse, notaire) se situe en face de la porte d’origine de l’église, murée mais toujours visible.
Au début du XVIIème siècle, Henri de Bourbon Malause, qui venait d’épouser Madeleine de Chalon, devenant ainsi seigneur de Lasgraïsses, acheta la maison qui fait l’angle de la route de Albi-Graulhet avec celle de Cadalen, et la fit rehausser en ajoutant l’étage débordant, en colombage de briques, qu’on peut toujours observer. Il fit un contrat avec un tuilier de Graulhet, Barthélémy Gravier, afin d’établir une briqueterie au Castella. Il était prévu de fabriquer des grosses briques (foraines), des tuiles canal, et des « pasimens » (carrelages). Le but était de disposer des matériaux nécessaires à une campagne de travaux au Castella. On peut faire l’hypothèse que les briques du colombage provenaient de cette briqueterie, ainsi que la toiture du château et les tomettes en terre cuite qui pavaient la grande salle.
La lecture de Louis Mazens nous guide et nous permet, encore aujourd’hui, de mieux comprendre l’histoire de la construction de notre village.
Alain REILLES